Pour profiter pleinement des fonctionnalités de ce site, il est nécessaire d'activer JavaScript. Voici les instructions pour activer JavaScript sur votre navigateur internet.

Réhabiliter le point d’interrogation

La poursuite de la consolidation, la recherche continue de la productivité et le recours de plus en plus fréquent à l’inventivité.

La CONSOLIDATION

Le mouvement des grandes fusion n’en est pas à sa fin : la taille et la nature de ce marché à maturité qu’est le marché européen, impliquent la poursuite de ces opérations qui ne sont, après tout, que logiques lorsque les bases d’un marché se rétrécissent.

La PRODUCTIVITÉ ?

Il est fascinant de relire, 30 ans après leur publication, les écrits d’un Jean Fourastié ou d’un Jacques Ellul, qui prédisaient à juste titre, que l’impact technologique allait permettre une productivité telle que l’on n’aurait plus besoin de tant de personnes pour produire la même quantité de richesse.

Ils avaient raison… Il est frappant aujourd’hui de voir que le niveau de richesse produite dans le monde a non seulement permis de faire reculer fortement la pauvreté et la famine, mais a aussi permis de garder, ici un niveau de vie à hauts standards, et là de faire émerger des nations et des zones qui deviennent de vrais acteurs de la vie économique mondiale.

Réhabiliter le point d'interrogation

Ils avaient tort de prévoir un avenir radieux de « loisirs » à cette population ainsi délivrée du fardeau du « travail », lorsque l’on voit que les taux de chômage élevés ne sont que la traduction de cet accroissement massif de productivité et de mondialisation.

Il est fréquent aujourd’hui d’entendre un dirigeant vous expliquer, avec discrétion, qu’il estime que dans son entreprise… Il pourrait continuer à être aussi productif avec encore 10 à 20% de moins de personnel.

L’INVENTIVITÉ

Aujourd’hui, le réel se révélant de plus en plus complexe, le système passe d’un univers mécaniste hérité du 19° siècle, où l’on cherchait à comprendre, simplifier et rationaliser les modèles afin de maîtriser la réalité, à un système où l’on applique la « logique du flou » afin de surfer sur l’infinie variabilité du réel.
Nous voyons aussi que le rapport au temps change radicalement pour passer d’une vision linéaire et causale du temps à une vision
polychronique, simultanéiste, éclatée en « zapping » permanent.

C’est donc l’inventivité qui devient le paradigme clé pour remplacer la prévisibilité.

C’est à cette inventivité que l’on se réfère lorsqu’on parle dans les entreprises d’agilité, de flexibilité, de changement et d’adaptabilité : notre monde du travail vit dans un univers « d’horizon artificiel » (au sens tableau de bord d’un avion) où le moindre nouveau paramètre vient changer, en temps réel, la ligne d’horizon dans son ensemble.

Quelles conséquences pour les Hommes et les Femmes qui donnent le meilleur d’eux-mêmes dans leur cadre de travail ?

  1. La remise en cause des certitudes : là où, hier encore, le seul souci du travail bien fait animait les meilleurs, aujourd’hui la multiplicité des objectifs et souvent la contradiction qui se lit entre eux, la multiplicité des lignes de reporting et les tensions qui les accompagnent ou l’ampleur des tâches assignées par rapport aux moyens alloués, ne peuvent que conduire les meilleurs à la « conscience malheureuse » d’un inachèvement perpétuel.
  2. La « révolution » des valeurs : là où temps, cohérence, structuration et construction étaient les maîtres mots, c’est en sachant vivre dans un univers déstructuré, volatil, et changeant que vont survivre les meilleurs. Leur échelle de valeur va devoir s’inverser et le sens du « relatif » va devoir l’emporter sur le sens de « l’affirmatif ».
  3. Le risque de la liberté : là où subsistaient encore les systèmes fondés sur l’autorité, voire l’autoritarisme, viennent se mettre en place, de manière encore dispersée et balbutiante, des systèmes fondés sur l’autonomie affichée, sur la prise de risques, sur l’incitation à l’innovation et à l’adaptation terrain, avec la quantité fantastique d’opportunités que cela crée, et en même temps l’insécurité personnelle que cela provoque chez beaucoup.

En un mot, il va falloir substituer à un monde où la force et le dynamisme s’exprimaient en « points d’exclamations », un monde où la capacité à
manier le « point d’interrogation » sera l’élément différenciant entre les personnes.

Sommes-nous tous prêts, intérieurement, à nous interroger vraiment ? À interroger le monde autour de nous ? À questionner au lieu d’affirmer ? À chercher au lieu de préempter ? À être dans une quête permanente au lieu de chercher un havre où poser nos valises ?

Le sommes-nous, nos équipes le sont-elles ? En avons-nous et en ont-elles les compétences, les moyens et les savoir être ?

Michel Calef
Associé Clef-Conseil